Une autre place de la Comédie
Assis à la terrasse d'un café, l'homme bulle attend un bus invisible. Dans son assiette il y a un homard trop vert qui frétille à l'hameçon trop cuit. Tout autour de lui c'est la tension qui paralyse les employés et le public bouge un peu trop férocement. Un chien court sur le côté du gazon, il aboie en morse. C'est un cabot qui n'aime pas les accidents d'avion et qui a appris à aboyer en vers. Personne ne peut le comprendre dans cette bar-mitsva impromptue qui se joue au centre de Paris. À l'intérieur du bar, un téléviseur perpendiculaire fait couler des patates audiovisuelles dans les limbes du climatiseur. Ailleurs, une chanteuse d'opéra fait ses vocalises dans l'indifférence crasse d'un trottoir aromatisé à la cannelle.
Tout près de la terrasse où l'homme ne bouge toujours pas, le cirque rouge a monté sa tente au son du clairon. Ce pourrait être une trompette palétuvier, mais les barrages n'ont pas encore cédé sur le Rhône. Alors les poissons crevés poursuivent leurs rêves de velours en remontant le courant chocolaté. Un vieillard écrasé dans un tas de survêtements informes sort son pénis. Il l'extirpe avec difficulté et se met à uriner dans la rigole du trottoir; inconstant dans l'insulte, indifférent aux calculs syncopés des garçons de café. Ceux-là jouent les offusqués de service, mais c'est pour faire les beaux chienchiens près de leur mémère.
Ici, on l'appelle Monsieur Lee ou encore "l'empaleur chinois". C'est un gros bonnet de la mafia asiatique. Jadis il allumait les réverbères dans un quartier de Pékin empestant le poisson. Il a fui le pétrin et la tauromachie bridée pour recycler ses bonbonnes olfactives et ses javelots idiots. Maintenant il court les casinos et les tables les plus luxueuses de la ville lumière. Il a pris sa revanche sur les watts. On voudrait bien l'attraper, mais Lee est un général insaisissable qui excelle dans l'art de la transformation invisible. Il s'écoule sur lui-même, soldat ou figurine de plomb au chapeau gorgé de soleil qui fond toujours plus vite vers le 15 août. Mais certains fonctionnaires de police sont plus têtus que d'autres, sans être toutefois Basques ou Bretons. Peut-être que c'est uniquement par goût du travail bien fait ?
Mais il y a cette fille en jupe courte qui balance ses talons aiguilles au-dessus du trottoir où gît le clochard en survêtement souillé de sang, d'acier et de merde. Elle a des jambes qui n'en finissent plus entre trois et quatre à l'angle du boulevard piéton où l'on vend des bonbons. Elle a le sexe guimauve qui se met à enfler dès qu'il pleut sur le lac. Elle fait les cent pas dans l'herbe folle, ses talons s'enfoncent dans la boue bulbeuse et la crème qui sort de sous ses semelles sent la chair d'orque mort. Personne ne vient à son secours, personne ne la dissuade de marcher dans la rue piétonne où les mendiants borborygmes soufflent des stalactites de sang blanc un peu trop sec. L'un d'eux s'endort sur un cep de vigne rousse, en rêvant qu'il s'agit d'une anémone de mer vermillon. Couleur des yeux du garçon de café qui n'est jamais venu débarrasser la table trempée de pluie où tambourinent les cymbales poilues du chef indien.
Autour de la place grillagée, les gamins des routes titubent en grommelant, leurs petites mains trop pâles serrant encore fermement les goulots des bouteilles plastiques de vinasse acide. Certains d'entre eux n'ont même pas douze ans, tandis que d'autres ne travailleront jamais en bleu sur les terrasses ombragées de la ville. Ils tombent et roulent sur les pavés, tapins contrariés aux luminescences bourgeoises. Encalminés par des rêves lubriques étripés, il faut leur donner quelques bonbons de soie pour nimber leur soif d'au-delà. Grattant la surface d'un sol carrelé, les terres chinoises dégoulinent de pus jusqu'à grossir les rizières atrophiées. Témoins inclassables d'un rivage inaccessible, les démons infanticides brillent des yeux et digèrent à priori les festins extravagants qui s'annoncent en douze par quatre sur les murs de la ville.
Une issue, peut-être, entre les volets blancs et les poteaux plantés sur les jardins d'avenir. C'est une collection dépareillée d'arbustes andalous qui couinent au clair de lune en attendant la fin des taxis. Jaunes et noirs, on les aperçoit passer depuis les ultimes étages des tours situées de l'autre côté des Pyrénées. Un concours de crachats qu'on improvise à l'heure où fanent les lampions du quartier chinois chez les sourds.
Tout près de la terrasse où l'homme ne bouge toujours pas, le cirque rouge a monté sa tente au son du clairon. Ce pourrait être une trompette palétuvier, mais les barrages n'ont pas encore cédé sur le Rhône. Alors les poissons crevés poursuivent leurs rêves de velours en remontant le courant chocolaté. Un vieillard écrasé dans un tas de survêtements informes sort son pénis. Il l'extirpe avec difficulté et se met à uriner dans la rigole du trottoir; inconstant dans l'insulte, indifférent aux calculs syncopés des garçons de café. Ceux-là jouent les offusqués de service, mais c'est pour faire les beaux chienchiens près de leur mémère.
Ici, on l'appelle Monsieur Lee ou encore "l'empaleur chinois". C'est un gros bonnet de la mafia asiatique. Jadis il allumait les réverbères dans un quartier de Pékin empestant le poisson. Il a fui le pétrin et la tauromachie bridée pour recycler ses bonbonnes olfactives et ses javelots idiots. Maintenant il court les casinos et les tables les plus luxueuses de la ville lumière. Il a pris sa revanche sur les watts. On voudrait bien l'attraper, mais Lee est un général insaisissable qui excelle dans l'art de la transformation invisible. Il s'écoule sur lui-même, soldat ou figurine de plomb au chapeau gorgé de soleil qui fond toujours plus vite vers le 15 août. Mais certains fonctionnaires de police sont plus têtus que d'autres, sans être toutefois Basques ou Bretons. Peut-être que c'est uniquement par goût du travail bien fait ?
Mais il y a cette fille en jupe courte qui balance ses talons aiguilles au-dessus du trottoir où gît le clochard en survêtement souillé de sang, d'acier et de merde. Elle a des jambes qui n'en finissent plus entre trois et quatre à l'angle du boulevard piéton où l'on vend des bonbons. Elle a le sexe guimauve qui se met à enfler dès qu'il pleut sur le lac. Elle fait les cent pas dans l'herbe folle, ses talons s'enfoncent dans la boue bulbeuse et la crème qui sort de sous ses semelles sent la chair d'orque mort. Personne ne vient à son secours, personne ne la dissuade de marcher dans la rue piétonne où les mendiants borborygmes soufflent des stalactites de sang blanc un peu trop sec. L'un d'eux s'endort sur un cep de vigne rousse, en rêvant qu'il s'agit d'une anémone de mer vermillon. Couleur des yeux du garçon de café qui n'est jamais venu débarrasser la table trempée de pluie où tambourinent les cymbales poilues du chef indien.
Autour de la place grillagée, les gamins des routes titubent en grommelant, leurs petites mains trop pâles serrant encore fermement les goulots des bouteilles plastiques de vinasse acide. Certains d'entre eux n'ont même pas douze ans, tandis que d'autres ne travailleront jamais en bleu sur les terrasses ombragées de la ville. Ils tombent et roulent sur les pavés, tapins contrariés aux luminescences bourgeoises. Encalminés par des rêves lubriques étripés, il faut leur donner quelques bonbons de soie pour nimber leur soif d'au-delà. Grattant la surface d'un sol carrelé, les terres chinoises dégoulinent de pus jusqu'à grossir les rizières atrophiées. Témoins inclassables d'un rivage inaccessible, les démons infanticides brillent des yeux et digèrent à priori les festins extravagants qui s'annoncent en douze par quatre sur les murs de la ville.
Une issue, peut-être, entre les volets blancs et les poteaux plantés sur les jardins d'avenir. C'est une collection dépareillée d'arbustes andalous qui couinent au clair de lune en attendant la fin des taxis. Jaunes et noirs, on les aperçoit passer depuis les ultimes étages des tours situées de l'autre côté des Pyrénées. Un concours de crachats qu'on improvise à l'heure où fanent les lampions du quartier chinois chez les sourds.

1 Comments:
Tu te remets quand a l'ecriture? ca me manque moi le petit texte du jour ;) ?
By
Miaou, at 10:56 PM
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