Au croisement des utopies

jeudi, mai 03, 2007

Le démon en caleçon rouge

Un démon en caleçon rouge est assis sur le banc public, face à l’entrée de la mairie. Il est installé à cette place depuis le 14 janvier, 5h12. Personne dans le village ne sait d’où il vient. Et personne ne sait ce qu’il veut. Depuis son arrivée, en revanche, tout le monde se retrouve au bar des Sports, à 19h00.
Au début le rendez-vous était très officieux et ne concernait que le maire et ses trois conseillers. Ils s’entretenaient de la présence du démon en caleçon rouge et des solutions qui s’offraient à eux pour s’en débarrasser. Michel, le patron du bar des Sports était dans la confidence. Remplir les verres des quatre hommes l’avait mis dans le secret des dieux… Mais très vite de nouvelles personnalités du village se mêlèrent à la réunion quotidienne. Tout le monde conviant un ami, une connaissance, il y eut bientôt beaucoup de monde à se retrouver au bar des Sports. Pourtant, on ne trouvait toujours pas de solution au problème du démon en caleçon rouge toujours installé sur le banc public, face à l’entrée de la mairie. Pire même : plus on était nombreux à venir à la réunion de 19h00, moins on semblait prêt à trouver une solution.

Les allées et venues ne cessaient plus aux abords du bar des Sports. Pour faire face à l’afflux de clients, Michel dut recruter ses deux jeunes fils pour l’aider à assurer le service. Les tireuses de bière tournaient à plein régime et le patron du bar passait un fût par réunion. Forcément, l’activité économique du village ne tarda pas à subir une vertigineuse chute. Plus personne ne travaillait car personne ne parvenait à dessouler. Le maire décida même de multiplier les réunions ; afin, expliqua-il, de multiplier les chances de trouver une solution au problème du démon… Les réunions se tenaient à présent trois fois par jour et nul ne se souvenait pourquoi au juste on avait instauré ces réunions, à l’origine.

Le 8 avril à 03h14, le démon en caleçon rouge se leva de son banc. Il marcha le long de la rue principale, passa devant le bar des Sports et quitta le village. On ne le revit plus jamais.