A l'arrêt panoramique
C’est une route étroite et sinueuse qui s’enroule à flanc de colline entre les pins d’Alep, les oliviers et les chênes. En contrebas, il y a une falaise miniature sur laquelle pousse un maquis épars. Et là, sur cette petite route de campagne passent quelques camions, le trafic routier local. Les véhicules roulent doucement car la route tourne sans cesse et les moteurs diesels toussent comme des tuberculeux.
À l’arrêt de bus "Au balcon", au kilomètre vingt-trois, il y a chaque jour quelques clients qui attendent le bus. Il s’agit presque à chaque fois de quelques retraités originaires de la région. Ils ne conduisent plus depuis bien longtemps, mais refusent l’immobilisme comme s’il s’agissait d’une tare.
Ce matin-là, la brume s’est levée sur la jetée et elle remonte en filaments paresseux jusqu’au-dessus de la route. Lorsque l’autobus déboule dans le grand virage qui précède le point panoramique du kilomètre vingt-trois, l’endroit est calme et silencieux. Assise sur le muret en pierre qui surplombe la falaise, une silhouette massive attend, seule. Le bus s’arrête à sa hauteur et la porte à rabats pneumatiques s’ouvre pour lui. Le gorille albinos monte et adresse un sourire au chauffeur en posant un billet de dix euros sur sa caisse enregistreuse. Il attend sa monnaie en sifflotant distraitement un air de Brassens et puis il se retient pour ne pas roter. Il sait que ça ne se fait pas. Mais depuis son enfance, il a toujours eu des difficultés à digérer les retraités. C’est leurs cartes de réduction surtout, qui lui restent sur l’estomac.
À l’arrêt de bus "Au balcon", au kilomètre vingt-trois, il y a chaque jour quelques clients qui attendent le bus. Il s’agit presque à chaque fois de quelques retraités originaires de la région. Ils ne conduisent plus depuis bien longtemps, mais refusent l’immobilisme comme s’il s’agissait d’une tare.
Ce matin-là, la brume s’est levée sur la jetée et elle remonte en filaments paresseux jusqu’au-dessus de la route. Lorsque l’autobus déboule dans le grand virage qui précède le point panoramique du kilomètre vingt-trois, l’endroit est calme et silencieux. Assise sur le muret en pierre qui surplombe la falaise, une silhouette massive attend, seule. Le bus s’arrête à sa hauteur et la porte à rabats pneumatiques s’ouvre pour lui. Le gorille albinos monte et adresse un sourire au chauffeur en posant un billet de dix euros sur sa caisse enregistreuse. Il attend sa monnaie en sifflotant distraitement un air de Brassens et puis il se retient pour ne pas roter. Il sait que ça ne se fait pas. Mais depuis son enfance, il a toujours eu des difficultés à digérer les retraités. C’est leurs cartes de réduction surtout, qui lui restent sur l’estomac.

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