Saut de l'ange
Elle se sent comme une autoroute pluvieuse, un dimanche soir d'hiver. Elle est triste et sombre, son corps comme déroulé sur des kilomètres d'épuisement. Elle a tant pleuré qu'il n'y a plus une seule larme de reste dans son corps. C'est tout juste si elle sent les bourrasques de vent qui viennent s'engouffrer dans ses cheveux et qui lui fouettent le visage. Elle se cramponne au montant d'acier du porte drapeau avec une énergie venue d'ailleurs. Juste au-dessus d'elle les couleurs de l'ambassade claquent au vent en fichant un boucan terrible.
Quatre étages plus bas les taxis couleur perle se suivent inlassablement comme dans un jeu vidéo. Les files de voitures tressautent et avancent par à-coups mécaniques. La lente mosaïque du centre-ville poursuit son puzzle permanent. C'est comme si quelqu'un essayait depuis l'aube des temps de terminer ce puzzle aux centaines de milliards de pièces et qu'il ne lui en manquait qu'une seule pour enfin terminer sa tâche. Alors chaque soir le jour ralentit son jeu frénétique et déplace les pièces au ralenti, les gestes comme pleins de sommeil, les paupières lourdes luttant pour rester ouvertes. Et tous les matins, en même temps que les rayons de soleil les plus courageux montrent le bout de leurs tentacules d'or, le joueur retrouve son rythme.
A l'autre bout du pays les troupes du colonel Fez ont investi la province du Roussillon après quatre semaines de luttes titanesques. Ceux qui hier s'alliaient pour la réunification de leurs terres gisent aujourd'hui sur un sol sans âme. Les gardiens de l'espoir ont fini par s'entretuer et les corbeaux viennent picorer les restes encore chauds de leurs dépouilles sanglantes surprises par la lumière de l'aube.
Demain les troupes du colonel Fez pousseront les portes de la capitale. Déjà au centre ville on entend les sirènes qui hurlent à la mort comme des coyotes se sachant condamnés. Pour oublier leur peur ils ont fini par partir à la chasse aux compatriotes du funeste colonel. Après cette nuit de traque il n'y aura plus de survivant. L'odeur âcre de la sueur vient se mêler à celle, givrée, de la peur. Il n'y a d'échappatoire nulle part. Vieillards comme enfants, ceux qui ne sont pas nés du bon côté des montagnes vont souffler une dernière fois.
Le bruit des sirènes qui monte depuis en bas la rend folle. Elle ferme les yeux. Elle voudrait prier mais elle n'a plus de voix, elle voudrait pleurer mais elle n'a plus de larme. Elle a simplement la force de laisser échapper le montant du porte drapeau. Son corps fin semble s'élever au fur et à mesure qu'elle tombe vers le sol.
Il pleut sans interruption depuis trois jours et trois nuits. Les taxis roulent en files serrées et leurs pneus tout-terrain dérapent sur le sol gorgé d'eau. En passant devant l'ambassade des Pyrénées, les pneus soulèvent des gerbes de sang. Des paillettes d'or fin se coincent dans leurs rainures. La dernière pièce du puzzle s'est mise en place.
Quatre étages plus bas les taxis couleur perle se suivent inlassablement comme dans un jeu vidéo. Les files de voitures tressautent et avancent par à-coups mécaniques. La lente mosaïque du centre-ville poursuit son puzzle permanent. C'est comme si quelqu'un essayait depuis l'aube des temps de terminer ce puzzle aux centaines de milliards de pièces et qu'il ne lui en manquait qu'une seule pour enfin terminer sa tâche. Alors chaque soir le jour ralentit son jeu frénétique et déplace les pièces au ralenti, les gestes comme pleins de sommeil, les paupières lourdes luttant pour rester ouvertes. Et tous les matins, en même temps que les rayons de soleil les plus courageux montrent le bout de leurs tentacules d'or, le joueur retrouve son rythme.
A l'autre bout du pays les troupes du colonel Fez ont investi la province du Roussillon après quatre semaines de luttes titanesques. Ceux qui hier s'alliaient pour la réunification de leurs terres gisent aujourd'hui sur un sol sans âme. Les gardiens de l'espoir ont fini par s'entretuer et les corbeaux viennent picorer les restes encore chauds de leurs dépouilles sanglantes surprises par la lumière de l'aube.
Demain les troupes du colonel Fez pousseront les portes de la capitale. Déjà au centre ville on entend les sirènes qui hurlent à la mort comme des coyotes se sachant condamnés. Pour oublier leur peur ils ont fini par partir à la chasse aux compatriotes du funeste colonel. Après cette nuit de traque il n'y aura plus de survivant. L'odeur âcre de la sueur vient se mêler à celle, givrée, de la peur. Il n'y a d'échappatoire nulle part. Vieillards comme enfants, ceux qui ne sont pas nés du bon côté des montagnes vont souffler une dernière fois.
Le bruit des sirènes qui monte depuis en bas la rend folle. Elle ferme les yeux. Elle voudrait prier mais elle n'a plus de voix, elle voudrait pleurer mais elle n'a plus de larme. Elle a simplement la force de laisser échapper le montant du porte drapeau. Son corps fin semble s'élever au fur et à mesure qu'elle tombe vers le sol.
Il pleut sans interruption depuis trois jours et trois nuits. Les taxis roulent en files serrées et leurs pneus tout-terrain dérapent sur le sol gorgé d'eau. En passant devant l'ambassade des Pyrénées, les pneus soulèvent des gerbes de sang. Des paillettes d'or fin se coincent dans leurs rainures. La dernière pièce du puzzle s'est mise en place.

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