Au croisement des utopies

mardi, septembre 02, 2008

Changement d'adresse

Suite aux demandes récurrentes des amis, de la famille... j'ai décidé de regrouper tous mes textes à un seul endroit.

Le site IN LIBRO VERITAS se propose de mettre à disposition gratuitement des textes classiques tombés dans le domaine public. Mais aussi des textes d'auteurs pas du tout connus. Il y a possibilité de télécharger les textes au format PDF et c'est une façon simple pour moi de mettre gratuitement à disposition chroniques, textes courts mais aussi nouvelles et romans. Je vais donc alimenter peu à peu cet espace avec des textes issus de ce blog mais pas seulement. Ce sera l'occasion de mettre à disposition tous mes textes car ça commence à s'empiler un peu partout.
Donc, si ça vous dit, vous pouvez à présent aller lire ici : http://www.inlibroveritas.net/auteur8043.html

à bientôt,
Oslo aka Guilhen

jeudi, août 28, 2008

Féria

Nuit clignotante aux antipodes des paillettes d'argent. Certains abusent du champagne pour se démarquer des autres, pour donner l'impression boisée qu'ils valent mieux. Dans les artères des égouts à l'air libre, les chats errant viennent uriner et miauler à l'envers. Les hommes ne s'en préoccupent pas, ils ont les oreilles tomates qui sifflent de vapeur. Derrière, il y a les murs d'enceinte, les crachats sournois des haut-parleurs, des assassins de tympans en puissance. Et des corps divers qui s'échouent avec rudesse sur la barrière de la nuit. Du safran dans les pierres environnantes tombe en poudre perlimpinpin au-dessus de la foule en trombe.

Les corps s'agitent et se poussent, tanguent et jaunissent. Les spots et les néons multiplient les teintes des visages ébahis. Les sourires découpent les faciès hilares pour en faire deux moitiés de noix de coco qui sonnent creux. Les mains tremblent en rebondissant sur les bars de fortune où l’on aligne les gobelets de plastique mou. Après un moment, ils ont tous le même goût. Dans la semi obscurité, on ne distingue plus très bien le contenu flatulent des gobelets mordorés. Blanc, rouge, rosé, jaune, incolore, vert, gamma, epsilon, centaure : les sociétés anonymes ont des mines trop bronzées pour être crédibles.

Les coudes se lèvent, les gorges se renversent et les bouches manquent les verres. On oublie le calendrier et ses contraintes, les calanques et ses contraires. On a envie d'ail et de rosette, de parfum et de lavande mais il n'y a jamais que l'épaisse fumée des saucisses et la sueur des groupes tétanisés.

La musique tambourine, grossière couleuvre de titane au repos. Les crêpes Suzette se dandinent avec mollesse au rythme des tambours d'ailleurs. Elles s'évanouissent dans la moiteur d'un nuage piéton, un de ceux qui chutent à reculons, qui s'évadent en marchant. Et les mots s'additionnent, les paroles défont le marbre, délacent les chaussures et se jettent pieds nus dans l'arène.

La reine, elle, ne se préoccupe pas des futiles agitations du petit peuple trépidant. Elle bouge ses fesses moulées dans un pantalon bleu trop serré et secoue sa crinière blonde devant les mâles énamourés. C'est grotesque mais spectaculaire, risible et vulgaire. Pourtant les esthètes de tout poil s'autoproclament en première ligne et tournent autour du corps en fusion. D'autres plus aptes aux échecs ou alors plus acoquinés avec les caprices lunaires se contentent de fumer aux écarts tropiques. Loin des mélanges interlopes, de leur scission diabolique, ils goûtent doucement aux nectars interdits. Ils végètent dans l'insouciance d'une agitation qui leur sert de prétexte. Ils s'échauffent le bras et les cordes vocales pour couvrir le tempo boum-boum et pour oublier leur présent trop irrégulier pour être téméraire.

Aux obsèques des nymphes en soldes, les moteurs à réaction restent muets. Les cloches d'un village voisin de mettent à battre le rappel morose d'une aube déjà naissante. Mais les aventuriers récalcitrants récitent leur cheptel équivoque à base de douze moutons et de six vaches avec de belles cornes. Loin des champs de maïs transgéniques et des brebis qu'on élève en symboles, ils grignotent leur bout de pain rond en bayant aux corneilles. Bleues les corneilles, interférences maladroites en transit pour les îles Malouines.

jeudi, juillet 31, 2008

Une autre place de la Comédie

Assis à la terrasse d'un café, l'homme bulle attend un bus invisible. Dans son assiette il y a un homard trop vert qui frétille à l'hameçon trop cuit. Tout autour de lui c'est la tension qui paralyse les employés et le public bouge un peu trop férocement. Un chien court sur le côté du gazon, il aboie en morse. C'est un cabot qui n'aime pas les accidents d'avion et qui a appris à aboyer en vers. Personne ne peut le comprendre dans cette bar-mitsva impromptue qui se joue au centre de Paris. À l'intérieur du bar, un téléviseur perpendiculaire fait couler des patates audiovisuelles dans les limbes du climatiseur. Ailleurs, une chanteuse d'opéra fait ses vocalises dans l'indifférence crasse d'un trottoir aromatisé à la cannelle.
Tout près de la terrasse où l'homme ne bouge toujours pas, le cirque rouge a monté sa tente au son du clairon. Ce pourrait être une trompette palétuvier, mais les barrages n'ont pas encore cédé sur le Rhône. Alors les poissons crevés poursuivent leurs rêves de velours en remontant le courant chocolaté. Un vieillard écrasé dans un tas de survêtements informes sort son pénis. Il l'extirpe avec difficulté et se met à uriner dans la rigole du trottoir; inconstant dans l'insulte, indifférent aux calculs syncopés des garçons de café. Ceux-là jouent les offusqués de service, mais c'est pour faire les beaux chienchiens près de leur mémère.
Ici, on l'appelle Monsieur Lee ou encore "l'empaleur chinois". C'est un gros bonnet de la mafia asiatique. Jadis il allumait les réverbères dans un quartier de Pékin empestant le poisson. Il a fui le pétrin et la tauromachie bridée pour recycler ses bonbonnes olfactives et ses javelots idiots. Maintenant il court les casinos et les tables les plus luxueuses de la ville lumière. Il a pris sa revanche sur les watts. On voudrait bien l'attraper, mais Lee est un général insaisissable qui excelle dans l'art de la transformation invisible. Il s'écoule sur lui-même, soldat ou figurine de plomb au chapeau gorgé de soleil qui fond toujours plus vite vers le 15 août. Mais certains fonctionnaires de police sont plus têtus que d'autres, sans être toutefois Basques ou Bretons. Peut-être que c'est uniquement par goût du travail bien fait ?
Mais il y a cette fille en jupe courte qui balance ses talons aiguilles au-dessus du trottoir où gît le clochard en survêtement souillé de sang, d'acier et de merde. Elle a des jambes qui n'en finissent plus entre trois et quatre à l'angle du boulevard piéton où l'on vend des bonbons. Elle a le sexe guimauve qui se met à enfler dès qu'il pleut sur le lac. Elle fait les cent pas dans l'herbe folle, ses talons s'enfoncent dans la boue bulbeuse et la crème qui sort de sous ses semelles sent la chair d'orque mort. Personne ne vient à son secours, personne ne la dissuade de marcher dans la rue piétonne où les mendiants borborygmes soufflent des stalactites de sang blanc un peu trop sec. L'un d'eux s'endort sur un cep de vigne rousse, en rêvant qu'il s'agit d'une anémone de mer vermillon. Couleur des yeux du garçon de café qui n'est jamais venu débarrasser la table trempée de pluie où tambourinent les cymbales poilues du chef indien.
Autour de la place grillagée, les gamins des routes titubent en grommelant, leurs petites mains trop pâles serrant encore fermement les goulots des bouteilles plastiques de vinasse acide. Certains d'entre eux n'ont même pas douze ans, tandis que d'autres ne travailleront jamais en bleu sur les terrasses ombragées de la ville. Ils tombent et roulent sur les pavés, tapins contrariés aux luminescences bourgeoises. Encalminés par des rêves lubriques étripés, il faut leur donner quelques bonbons de soie pour nimber leur soif d'au-delà. Grattant la surface d'un sol carrelé, les terres chinoises dégoulinent de pus jusqu'à grossir les rizières atrophiées. Témoins inclassables d'un rivage inaccessible, les démons infanticides brillent des yeux et digèrent à priori les festins extravagants qui s'annoncent en douze par quatre sur les murs de la ville.
Une issue, peut-être, entre les volets blancs et les poteaux plantés sur les jardins d'avenir. C'est une collection dépareillée d'arbustes andalous qui couinent au clair de lune en attendant la fin des taxis. Jaunes et noirs, on les aperçoit passer depuis les ultimes étages des tours situées de l'autre côté des Pyrénées. Un concours de crachats qu'on improvise à l'heure où fanent les lampions du quartier chinois chez les sourds.

mercredi, juillet 30, 2008

Mer fantôme

Là où il y avait des galets, il y a maintenant des coquillages morts. Uniformité sèche et pâle, blanche et plane, tons sur tons qui se fondent dans une alchimie terreuse. Quelques enfants attendent encore, assis en tailleur à la lisière de ce qui fut un bois. Mais le miracle n'a pas lieu et ils écarquillent les yeux en pure perte. Leur attente, même gorgée d'espoir, restera vaine. En se retirant, la mer a laissé des sourires arides qui dessinent des sillons entre les broussailles sèches. L'or ne sortira pas de ces boules de terre agglomérée. Le sec n'a pas de clé pour ouvrir son sac.
Plus loin, le refrain est le même et les enfants n'ont pas besoin d'aller voir de plus près. L'horizon scintille, vapeurs blanches, évanescences salées qui poursuivent l'irrémédiable évaporation. Les coques trouées des bateaux laissent des traces d'un passé déjà bien lointain. Des planches de bois trouées, défraîchies, qui surnagent au-dessus d'un rien un peu trop présent. Des stèles figées dans un sol dur comme l'acier, avec des mats brisés en guise de crucifix.

mardi, juillet 29, 2008

J'imagine cette rue

J'imagine cette rue
maintenant,
à 15h55
quand elle est
dégoulinante de soleil.

J'imagine cette rue,
ses trottoirs tachés
par les merdes
des clébards
désoeuvrés.

J'imagine cette rue
aux places laissées
vides par des
vacanciers toujours
un peu blancs.

J'imagine cette rue
et sa cacophonie
de moteurs
qui grondent
en passant.

J'imagine cette rue,
ses gentils vieux
et leurs paniers
de provisions
à 15h55.

J'imagine cette rue
aujourd'hui lundi
sans commerçant
mais des poussettes
en remplacement.

J'imagine cette rue
dans cinquante ans
après l'explosion
qui nous aura
tous fait muter.

J'imagine cette rue
irradiée jusqu'au
trognon,
bouffée jusqu'à
la lie.

J'imagine cette rue
brûlée comme un
soufflé oublié
dans le four
du XIXe siècle.

J'imagine cette rue
sans musique
ni couleur,
à l'embouchure
d'un fleuve de jais.

J'imagine cette rue
purulente et visqueuse,
prête à imploser
et à se dissoudre
dans l'inutilité.

lundi, juillet 28, 2008

Volcaniques nuisibles

Des monts arrondis,
des bulles de terre percées
en leurs sommets.
Un chaos ambiant
aux relents lunaires.

Les cafards bruns
courent au ralenti
exactement au centre
des télescopes géants.
Impossibles à louper,
impayables et
imperturbables.

Comme dans un mauvais rêve
en dégradés de gris,
c'est dans leur coeur
qu'ils aiment rôder;
ces nuisibles
aux corps brillants
d'une anti-lune
toujours haineuse.

Une carapace ovale
remplie d'oeufs
prêts à se déverser
sur la terre meuble
des volcans éteints.

Des pattes agiles
qui grattent avec
une régularité
qui n'a rien
d'éphémère.
Car même la nuit,
on les entend
se presser au centre
de l'arène verte.

C'est d'une folie
aux contours
un peu flous
qu'il s'agit.
Une de ces horreurs
qui vous rappellent
combien nous
sommes
faillibles
face à
l'inconnue
cornue de noir.

Les volcaniques nuisibles
pullulent et se distillent.
Ils se répartissent
aux quatre coins
des parterres bombés.
Ils se dispersent
aux quatre vents
sans carte ni compas.

Un bouchon géant
serait l'unique
solution.
Un bouchon géant
pour refermer
le calice craquelé
juste avant
de le jeter
par-dessus le rebord
du monde plat.

vendredi, juillet 25, 2008

Le temps d'un clignement de paupières

Entraînée par le courant, la silhouette a disparu en un clin d'oeil. À peine le temps de cligner des yeux, comme pour chasser toute illusion d'optique. Juste de quoi réaliser que cette scène était bien tirée de la vie réelle. Qu'elle n'avait rien à voir avec un de ces cauchemars que l'on fait parfois, à moitié endormi. L'eau s'est engouffrée dans les bottes en caoutchouc et il a coulé à pic, comme s'il avait eu deux grosses pierres attachées à ses pieds. Le temps d'un clignement de paupières.

jeudi, juillet 24, 2008

Au restaurant le samedi

À notre tour, quand nous aurons perdu nos cheveux… Nous irons manger le samedi et le dimanche dans de bons restaurants. Revêtus d’une veste à manches longues, même en plein mois d'août, nous demeurerons un instant immobiles au-dessus de la rambarde de pierres. Le regard cabossé par une vie qui sera derrière nous. Un regard qui virera au bleu plutôt qu'à l'aigre, quand nous contemplerons la rivière mousseuse aux pieds du château. En souriant aux canards qui pataugeront dans le soleil.

mercredi, juillet 23, 2008

Excroissance au centre du monde

Au centre du monde, excroissance indigo brûlant sur les côtés. Un peu de jus rouge sans odeur désagréable mais doté de points semblables à des boutons. Une fraise qui aurait mal tourné, mal vieilli, mal encaissé le choc.
C’est qu’on ne se lance pas impunément dans un voyage subtropical. Alors les goûteurs professionnels rappliquent en vitesse. Ils ont le nez bouché et le teint cadavérique. Et le Jet-Lag en bandoulière. C’est qu’il ne faut pas laisser cette chose-là au centre du monde. Les déséquilibres, de nos jours, cela arrive plus vite qu’on ne le pense. Et puis, qui sait, les terroristes barbus y sont peut-être pour quelque chose ? Certains suggèrent la bombe, d’autres le dédain.
La plupart des goûteurs se refusent à exercer leur don, ou leur mission, appelez ça comme vous voulez… Ailleurs, ils s’en fichent, ceux qui jamais ne se font désigner par « on ». Ceux-là sont sortis du bunker parce qu’ils n’avaient plus de champagne et les yeux pas vraiment en face des trous. Surtout celui du bas, celui qu’ils prennent pour le centre du monde.

mardi, juillet 22, 2008

Guyane

Cratère facial sur le velouté d’un autre temps.
Faciès imprécis et gestes malhabiles sans honte ni apaisement.
Cicatrice en devenir, sédiments en dessous et regrets en formation.
Loin de rires et des vertes fraîcheurs, loin d’un temps rocambolesque.

Où même le miroir prend tout ça à la légère, l’air de ne pas y toucher.

Un autre lieu, un autre temps.
Des rayures en guise de vêtements et des motifs verticaux aux fenêtres.
Avec des rêves de grand saut dans l’océan pour peupler ces nuits trop humides.