Nuit clignotante aux antipodes des paillettes d'argent. Certains abusent du champagne pour se démarquer des autres, pour donner l'impression boisée qu'ils valent mieux. Dans les artères des égouts à l'air libre, les chats errant viennent uriner et miauler à l'envers. Les hommes ne s'en préoccupent pas, ils ont les oreilles tomates qui sifflent de vapeur. Derrière, il y a les murs d'enceinte, les crachats sournois des haut-parleurs, des assassins de tympans en puissance. Et des corps divers qui s'échouent avec rudesse sur la barrière de la nuit. Du safran dans les pierres environnantes tombe en poudre perlimpinpin au-dessus de la foule en trombe.
Les corps s'agitent et se poussent, tanguent et jaunissent. Les spots et les néons multiplient les teintes des visages ébahis. Les sourires découpent les faciès hilares pour en faire deux moitiés de noix de coco qui sonnent creux. Les mains tremblent en rebondissant sur les bars de fortune où l’on aligne les gobelets de plastique mou. Après un moment, ils ont tous le même goût. Dans la semi obscurité, on ne distingue plus très bien le contenu flatulent des gobelets mordorés. Blanc, rouge, rosé, jaune, incolore, vert, gamma, epsilon, centaure : les sociétés anonymes ont des mines trop bronzées pour être crédibles.
Les coudes se lèvent, les gorges se renversent et les bouches manquent les verres. On oublie le calendrier et ses contraintes, les calanques et ses contraires. On a envie d'ail et de rosette, de parfum et de lavande mais il n'y a jamais que l'épaisse fumée des saucisses et la sueur des groupes tétanisés.
La musique tambourine, grossière couleuvre de titane au repos. Les crêpes Suzette se dandinent avec mollesse au rythme des tambours d'ailleurs. Elles s'évanouissent dans la moiteur d'un nuage piéton, un de ceux qui chutent à reculons, qui s'évadent en marchant. Et les mots s'additionnent, les paroles défont le marbre, délacent les chaussures et se jettent pieds nus dans l'arène.
La reine, elle, ne se préoccupe pas des futiles agitations du petit peuple trépidant. Elle bouge ses fesses moulées dans un pantalon bleu trop serré et secoue sa crinière blonde devant les mâles énamourés. C'est grotesque mais spectaculaire, risible et vulgaire. Pourtant les esthètes de tout poil s'autoproclament en première ligne et tournent autour du corps en fusion. D'autres plus aptes aux échecs ou alors plus acoquinés avec les caprices lunaires se contentent de fumer aux écarts tropiques. Loin des mélanges interlopes, de leur scission diabolique, ils goûtent doucement aux nectars interdits. Ils végètent dans l'insouciance d'une agitation qui leur sert de prétexte. Ils s'échauffent le bras et les cordes vocales pour couvrir le tempo boum-boum et pour oublier leur présent trop irrégulier pour être téméraire.
Aux obsèques des nymphes en soldes, les moteurs à réaction restent muets. Les cloches d'un village voisin de mettent à battre le rappel morose d'une aube déjà naissante. Mais les aventuriers récalcitrants récitent leur cheptel équivoque à base de douze moutons et de six vaches avec de belles cornes. Loin des champs de maïs transgéniques et des brebis qu'on élève en symboles, ils grignotent leur bout de pain rond en bayant aux corneilles. Bleues les corneilles, interférences maladroites en transit pour les îles Malouines.